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UN PEU D'HISTOIRE

Le IXème congrès de la CGT (8-16 octobre 1906), qui se tenait sous le préau d'une école du faubourg de Noyon, banlieue ouvrière d'Amiens, discuta et adopta cette charte.

Cette charte est une des plus grandes spécificités du syndicalisme français. Elle est la résultante d'une longue réflexion théorique et pratique du mouvement ouvrier du pays.
Elle doit beaucoup à la force du syndicalisme révolutionnaire face aux multiples courants du syndicalisme qui souhaitaient faire de ce dernier la courroie de transmission de leurs ambitions politiques.

Un mois après la fondation de la CGT à Limoges, en septembre 1895, Fernand PELLOUTIER publie un texte qui sera, onze ans plus tard, la base de la Chartes d'Amiens. Il repousse la sujétion du syndicat à un parti politique car, d'après lui, le syndicat a ses propres solutions pour la transformation sociale, alors que "les partis sont forcément équivoques de par leur recrutement, leurs méthodes, leur jeu électoral et parlementaire".
C'est l'attachement aux principes définis dans la charte d'Amiens qui conduira à la naissance de la CGT-FORCE OUVRIERE.

Robert Bothereau (Secrétaire Général de la CGT-Force Ouvrière de 1948 à 1963) dira: Nous n'avons pas accepté le rôle d'otages que l'on voulait nous assigner. "La CGT continue", ont dit ceux qui se sont installés à son siège. Nous qui avons dû en partir, nous disons: "Nous continuons la CGT"

LA CHARTE D'AMIENS

"Le congrès confédéral d'Amiens confirme l'article 2, constitutif de la CGT : la CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression, tant matérielles que morales, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière. Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l'oeuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'oeuvre du syndicalisme; il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale. Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait, à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat. Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au dehors. En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupement syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale."


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